Au bonheur de l’hiver

Promenade entre la fertilité de la terre, l’hiver et la lumière.

L’hiver est le règne de l’élément Terre (élémentaire?!) Tout se densifie au dehors, se pacifie, la nature s’endort, il ne reste que l’essentiel. Même l’eau tend à perdre sa mobilité, densifiée, elle devient reine blanche et nous fait accéder au secret de sa nature cristalline, dans le plus majestueux des silences.

Nous voilà au centre des nuits les plus longues et de la terre la plus pesante, avec en contrepoints des cristaux lumineux qui nous aiguillent sur la marche à suivre pour bien passer cette phase étrange et parfois dangereuse.

La nuit la plus longue est merveilleuse… C’est elle, qui au coeur du monde endormi nous rappelle que c’est au centre de nous même que va germer la lumière. Les anciens pensaient que le soleil extérieur n’était qu’une image de notre vrai soleil intérieur. Aujourd’hui, tout nous pousse à l’activité sans fin et cette idée semble saugrenue. Nous vivons dans un désir d’été infini et de jeunesse éternelle.

Mais comment découvrir notre lumière dans l’euphorie de l’été? Il nous faut ce retour au calme pour initier en nous la croissance de notre propre lumière. Qui a dit que la nuit était nécessaire pour prendre conscience du jour? La bonne nouvelle est qu’il suffit du moindre fil de lumière pour anéantir la nuit. Tous ceux qui ont déjà tenté de faire une chambre noire le savent.

L’hiver, c’est la terre qui donne sa force, réchauffe et protège les graines endormies en son sein. De l’extérieur, il nous semble que rien ne se passe et parfois c’est décourageant. Lorsque c’est émotionellement que nous sommes en hiver, il est bien difficile de nous souvenir que cette étape est indispensable sur le chemin de la maturation des fruits.

Dans cet espace de fragilité et parfois de grand désarroi, il est toujours plus facile de nous en sortir si nous nous souvenons que c’est notre lumière intérieure qui devrait prendre sa place, et plus nous devenons apte à cultiver des valeurs comme le don, la tendresse ou l’attention à l’autre, plus nous mettons en action notre soleil intérieur et mieux nous nous porterons.

Au contraire, nous avons souvent tendance à nous comporter étrangement et espérons grapiller la lumière chez les autres lorsque nous en manquons. Cela semble peu productif, un peu comme si nous demandions à notre voisin d’aviver son feu, au lieu d’allumer notre propre poêle!

Il nous faudrait donc répondre à l’appel de la nature, partager son calme et sa nudité pour accéder à ce qui nous est essentiel et vaut la peine de faire fructifier dans l’année à venir. Dans l’espace ouvert de la lumière de l’hiver, il nous est enfin possible d’entendre notre intuition et reconnaître nos vrais rêves. Ces rêves pour lesquels il vaut la peine de se battre sans crainte d’épuisement, car la joie de leur réalisation nous nourrit mille fois en retour.

Au coeur de l’hiver, combien de fois sommes nous impatients, inconscients des grandes avancées qui se préparent et de la magnifique croissance initiée dans nos terres intérieures. En conscience de cela comme il est plus simple d’hiberner un peu et de conserver nos forces pour ce qui est réellement vital.

Pour nous encourager à briller de tous nos soleils, je voudrais rapporter ici encore les mots d’ Angaangaq, notre ami esquimau, persuadé que la glace fond aux pôles car nous ne la faisons pas assez fondre dans nos coeurs.

“Only by melting the ice in the heart of Man does Man have a chance to change and begin using his knowledge wisely.”

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